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Chronique livres :
Farel de André Blanc

Chronique livres : Farel de André Blanc sur Quatre Sans Quatre

« Navré les gars, les portes de l'enfer se sont rouvertes... » (Farel)

Après Manhattan avec Play de Franck Parisot et le Los Angeles, cher à Michael Connelly, de Ceux qui tombent, sans parler de l'exotique île de Tortola (Tabloïd Circus) de Kent Harrington, un petit tour moins dépaysant vers le Lyon du Commandant Farel, ses intrigues politiques, ses réseaux bien glauques et autres menus plaisirs auxquels nous convie André Blanc, publié comme L'excellent L'hiver des enfants volés de Maurice Gouiran chez Jigal polar.


Le pitch

A Lyon, la directrice d'une maison pour enfants handicapés est retrouvée morte, attachée sur le lit d'une chambre d'hôtel, nue, dans une position obscène...

Le commandant Farel est chargé de l'affaire et découvre bien vite que le passé de la victime est plus que sulfureux et qu'il le renvoie à une ancienne affaire de réseau pédophile qu'il n'a pu élucider entièrement trois ans auparavant, de hautes protections locales s'étant chargées de clore le dossier.

La campagne des municipales est entamée et la mairie veut boucler très vite ce dossier qui risque de faire des vagues et d'éclabousser le maire sortant, pas très net lui non plus. Mais son adjoint et très proche ami, chargé des travaux, dont le périlleux dossiers des maisons de retraite qui abondent les caisses de campagne, meurt lui aussi victime du même tueur.


L'avis de Quatre Sans Quatre

Un polar classique, méthodique, crédible, Farel est un flic carré, psychorigide, en même temps qu'humain et vulnérable, il connaît le terrain, les hommes, mais rien ne lui sera donné dans cette affaire, il va falloir qu'il aille tout arracher avec les dents pour, enfin, en finir avec cette sordide histoire du réseau pédophile qu'il traîne depuis trop longtemps.

De beaux personnages, flics ou bourgeois voyous, politiciens retors, petits arnaqueurs font vivre ce Lyon où les comptes doivent se solder malgré toutes les pressions, les dissimulations et le chantage permanent. La ville est le théâtre d'un bien étrange ballet, d'un super poker menteur où il faudra être malin pour triompher ou n'avoir plus rien à perdre. André Blanc connaît admirablement cette ville et les milieux politiques, il y fut maire adjoint et sait nous faire partager ce savoir.

L'homme "Farel" n'est pas au mieux, son couple avec Maud, noué trois ans auparavant durant l'enquête, a besoin de cette catharsis pour redémarrer et tourner enfin la page. Résoudre cette affaire devient vite une nécessité vitale et l'auteur le démontre admirablement, peignant deux portraits sensibles de ces flics à vif.

Farel est à ranger dans la catégorie des très bons polars, fort bien écrit, à l'intrigue tordue à souhait et au suspense savamment entretenu.


La notice bio

André Blanc est né à Lyon. Docteur en chirurgie dentaire, passionné d'archéologie et de préhistoire, il devient adjoint au maire de Lyon à la fin des années quatre-vingt avant de démissionner pour inadéquation totale. Il aime la tragédie classique, la poésie, la littérature, le vin blanc de Condrieu et la pêche à la mouche...Farel est son deuxième roman après Tortuga's Bank


La musique du livre

L'ignoble premier substitut du procureur, Albert de Mortmart, surnommé « Le Croisé » parce qu'il aime mettre ses ascendants en avant, pas pour son éthique, écoute The man i love de Gerschwin, interprété par Miles Davis dans la salle d'attente de son dentiste au début de l'ouvrage. L'assassin, comme dans Glacé de Bernard Minier, laisse les Kindertotenlieder de Mahler dans le walkman de sa victime. Enfin, Farel, dans un de ses moments de détente, se remémore avoir dansé sur les Blues Brother's...

Farel – André Blanc – Jigal Polar – 277 p. mai 2014

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