Quatre Sans Quatre

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Roman Graphique :
UNE ERREUR DE PARCOURS de Denis Robert et Franck Biancarelli

Roman Graphique : UNE ERREUR DE PARCOURS de Denis Robert et Franck Biancarelli sur Quatre Sans Quatre

Quatre Sans... Quatrième de couv...

Dans une ville de l'Est de la France, Sylvestre Ruppert-Levansky, un président de cours d'assises entame son dernier procès, là où justement il a démarré sa carrière. Tout lui rappelle Rachel son premier amour et surtout Mathilde, une serial killeuse manipulatrice et diabolique.

Le vieux juge a une réputations sans tâche. On le dit tolérant et juste.

Mais un policier surgi de ce passé demande à le voir. Tout n'est peut-être pas aussi limpide que le veut la légende de Sylvestre le si bon président...


L'avis de Quatre Sans Quatre

Sylvestre Ruppert-Levansky est président de la cour d'assise de Metz. À 61 ans, après une carrière bien remplie, ce juge débonnaire va clore sa carrière sur un ultime procès : un crime « passionnel », comme on dit. Un routier, de retour avant l'heure de sa tournée, a lardé son épouse de 17 coups de couteau après l'avoir découverte au lit avec son frère. Les drames de la jalousie ont jalonné sa vie professionnelle, sur le chemin du tribunal pour l'ouverture de l'audience, il se remémore ses débuts, dans cette même ville en 1985, alors qu'il effectuait un stage au parquet avant sa prestation de serment afin de devenir juge d'instruction.

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Un moment difficile pour lui que ce dernier stage, puisque Rachel, son premier amour, était en train de lui échapper. Il l'avait tiré d'un mauvais pas en soustrayant un procès-verbal l'incriminant dans une affaire de trafic de cocaïne. Sylvestre était très seul, son père était un alcoolique violent et retors, sa mère ne l'aimait guère, tous deux sont décédés, ne lui reste que sa sœur avec qui il a peu de rapport. Émotionnellement, il est très dépendant de Rachel, au point de lui être soumis, dans une relation quasiment sado-masochiste. Elle le méprisait, le délaissait, lui abandonnait toutes les corvées, le trompait, il se traînait à ses pieds afin de la retenir lorsqu'elle évoquait une rupture.

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Au début du roman, alors qu'il s'apprête à ouvrir son dernier procès et qu'il arrive dans les couloirs du palais, l'attend un policier en retraite, Jean-Marc Toubiro, il le verra après l'audience, les débats vont s'ouvrir, le temps lui manque...

Ruppert-Levansky se souvient d'une affaire, sa dernière avant d'être magistrat, une enquête qui avait tourné à l'obsession. Louise Laudaret, une jeune femme, était venue le trouver pour lui parler de la disparition de son père, elle craint le pire et accuse la maîtresse d'Émile Laudaret de l'avoir fait disparaître. Cette dernière, Mathilde Wissembourg, une quinquagénaire au passé très lourdement chargé, ex-taularde, cache à l'évidence des éléments troublants qui vont pousser le jeune apprenti juge à ouvrir une enquête. Une carte postale d'Émile ne semble pas de sa main, un imposteur s'est présenté chez un médecin afin d'obtenir un arrêt de travail au nom de Laudaret, les indices s'accumulent...

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Au fil de ses investigations, cette recherche de la vérité sur le sort d'Émile Laudaret et la personnalité de la suspecte l'envahissent, il en fait des cauchemars, sa propre histoire avec Rachel se confond avec le possible meurtre sordide.

Sylvestre n'est pourtant pas si seul, même après le départ de Rachel. Sa petite voisine, Gaëlle, une adolescente dont les parents sont morts dans un accident d'avion et qui est élevée par sa grand-mère, lui rend souvent visite, s'occupe de lui, prend, peu à peu, sans qu'il s'en rende compte une place primordiale dans son existence...

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Ce sont deux, voire trois, intrigues enchevêtrées qui sont développées dans ce très beau roman graphique, tellement intriquées que le jeune Sylvestre lui-même se trouve en pleine confusion et se laisse parfois plus guider par les événements qu'il ne les domine. Le dessin de Franck Biancarelli, sobre, épuré, renforce encore le déroulé subtil du scénario. Les épisodes oniriques, essentiels et révélateurs, sont particulièrement bien rendus, couleurs froides sur fond noir, déstructuration de la page, tout comme les faciès - Mathilde Wissembourg en colère est impressionnante -, ou les focus sur les détails importants du récit habilement distribués. Une erreur de parcours tend plus vers le roman noir que le polar, un excellent suspense, des personnages complexes en proie à de profonds tourments, et une proximité que se créé, au fil des pages, entre le futur juge et la suspecte.

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Au fil des planches, les rôles de chacun se précisent, entre les rebondissements dans l'enquête et les évolutions de la relation entre Sylvestre et Rachel. Gaëlle, à pas de loup, s'insère dans la trame du récit au fur et à mesure que le jeune juge perd pied. Très agréable à suivre, aisé à lire, grâce aux traits épurés du dessin, Une erreur de parcours se dévore d'une traite jusqu'aux dénouements des différentes énigmes.

Un roman noir graphique original, sur la faculté de chaque être humain à commettre l'irréparable pour peu que les circonstances l'y poussent. Deux passionnantes intrigues mêlées dans un très bon scénario et de superbes dessins.


Notices bio

Franck Biancarelli, né en 1967, enseigne les maths avant de commencer, grâce au soutien de Christian Rossi, sa carrière de dessinateur. En 1997, il publie son premier album, L’Héritier du trône. Il travaille ensuite sur les séries Galfalek et Le Livre des destins, et participe aux collectifs Paroles de poilus et Paroles d’étoiles. Amateur de bandes dessinées américaines, il cite Noel Sickles, Alex Toth, Jose Luis Garcia Lopez et les auteurs classiques de comics parmi ses principales influences.

Denis Robert est né en 1958. Journaliste spécialisé dans les enquêtes politico-financières à Libération, où il a notamment couvert le scandale Clearstream, il quitte le quotidien en 1995 pour se consacrer à l’écriture. Auteur d’essais inspirés par son expérience journalistique, il a publié plusieurs romans et scénarios de bandes dessinées. Il est aussi réalisateur de documentaires et artiste plasticien. Et depuis avril 2019, directeur de la rédaction du Média. Pour Franck Biancarelli, il a écrit Le Circuit Mandelberg, adapté de son roman Dunk, et Grand Est (Dargaud).


La musique du livre

Serge Lama – La Tristesse

Herbert Leonard - Générique Châteauvallon

Chet Baker - The Touch of Your Lips

Gal Costa - Aquarela do Brasil


UNE ERREUR DE PARCOURS – Scénario : Denis Robert - Dessins : Franck Biancarelli – Éditions Dargaud – 156 p. septembre 2019

Illustration extraites d'Une erreur de parcours, avec l'aimable autorisation des éditions Dargaud.

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