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Top 10 :
Les romans de l'été 2019

Top 10 : Les romans de l'été 2019 sur Quatre Sans Quatre

Il été une fois...

J’avais emporté un livre, selon mon habitude. Où que j’aille, j’en transportais un comme un rempart contre l’ennui d’une éventuelle attente, comme une carapace posée entre le monde et moi, comme une discrète main tendue aux autres, à ceux qui auraient la curiosité de regarder la jaquette et de la comparer avec leur propre bibliothèque intime. Être en compagnie d’un livre me donne la force de supporter mes déplacements quotidiens dans les transports en commun et le courage d’aller m’assoir dans un café ou sur le banc d’un jardin public.
À la fois forteresse et ouverture aux autres, le livre me donne le sentiment d’être invulnérable aussi bien qu’approchable, seule et pourtant accompagnée de tout un monde d’encre et de papier.

- Pardonnez-moi, mais je n’ai pas pu m’empêcher de voir le titre de votre roman et…

De surprise, je lâchai le reste du pain au chocolat que je tenais distraitement du bout des doigts, absorbée par ma lecture. Instantanément, je me maudis de ne pas avoir passé plus de temps ce matin-là à me maquiller et à me coiffer avantageusement avant de sortir, et j’entrepris de balayer de ma jupe les miettes qui la parsemaient et dont certaines étaient discrètement mais efficacement gloutonnement avalées par le cocker qui avait déjà fait disparaître mon morceau de viennoiserie depuis belle lurette. Mon regard remonta le long de la jolie laisse en cuir rouge, s’arrêtant au passage sur le renflement de la poche droite du veston dont émergeait un mince volume en tous points identique à celui que je tenais encore ouvert devant moi.

- Puis-je m’assoir ?

Je décidai sur le champ que j’aimai énormément les cockers gourmands et les grands inconnus minces aux yeux bleus.

La lecture mène à tout, surtout à ce qu’on n’attend pas. Joyeuses rencontres livresques !


Le Top 10

ALTO BRACO – Vanessa Bamberger – Éditions Liana Levi – 236 p. janvier 2019 : Brune a grandi à Paris, dans un bistrot tenu par sa grand-mère, Douce, et la sœur de celle-ci, Granita. 0 l'occasion du décès de Douce, la jeune femme revient sur sa terre d'origine, l'Aubrac. Au fur et à mesure des révélations sur sa filiation, un sentiment d'appartenance à ces terres rudes s'affirme... Une longue et belle promenade dans un destin qui s’accomplit, dans la lente révélation de la vérité d’une femme. Douce et Granita, indissociables, indissolubles, animent ce récit par leurs caractères si différents, pourtant si complémentaires qu’ils ont permis à Brune de devenir cet être entier, prêt à tout remettre en question afin d’être en accord avec elle-même. Superbe roman salué par de nombreux prix littéraire.

CÉLINE - Peter Heller - Éditions Actes Sud - 336 p. février 2019
Traduit de l’anglais (E.U.) par Céline Leroy : Céline, c’est cette femme de 68 ans, détective de son état, artiste le reste du temps, qui n’a pas son pareil pour dénicher les disparus. C’est précisément pour retrouver son père que Gabriela la contacte. Mangé par les ours lors d’un reportage animalier dans le parc de Yellowstone, voici la version officielle, mais Gabriella n’y croit pas.
Céline, à sa manière polie, respectueuse et futée, va se mettre sur les traces du passé de la jeune femme, accompagnée de sa bouteille d’oxygène et de son mari, un taiseux attentionné. Un très beau personnage de femme que l’âge ne fait jamais reculer devant rien.

L'EMPREINTE – Alexandria Marzano-Lesnevich – Sonatine Éditions – 465 p. janvier 2019
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié : L'empreinte n'est ni un roman, ni une autobiographie, ni un thriller, c'est tout cela à la fois et, avant tout, un chef d'oeuvre. L'autrice, alors jeune stagiaire avocate, se trouve confrontée à un homme ayant été condamné à mort pour le meurtre d'un petit garçon. Viscéralement opposée à cette sentence, elle ne peux que constater que, devant l'horreur du crime, ses convictions basculent, elle va remonter ses souvenirs douloureux de sa propre enfance abusée et se reconstruire. Un livre fabuleux, nécessaire, indispensable !

L'ENCRE VIVE - Fiona McGregor - Éditions Actes Sud - 544 p. mars 2019
Traduit de l’anglais (Australie) par Isabelle Maillet : en découvrant l’art des tatouages, une femme renaît à elle-même et apprend à vivre juste avant qu’il ne soit trop tard. Dans une Australie épuisée par la chaleur et le manque d’eau, alors que la nature souffre et s’enfonce dans une crise climatique, Mary mène son propre combat contre la mort. Un roman magnifique, résolument féministe.

LA VOISINE - Yewande Omotoso - Éditions Zoé - 288 p. février 2018
Traduit de l’anglais par Christine Raguet : dans un quartier très chic du Cap, Hortensia est la seule noire. Pas facile, même quand on est riche et qu’on a eu une carrière très florissante. Dans la maison d’à côté, la voisine est une grande bourgeoise, Marion, ancienne architecte, mais qui doit maintenant faire face à sa ruine prochaine, suite aux placements malavisés de feu son mari. Raciste ? Oui, bien sûr, comme tout le monde dans son milieu.
Hortensia et Marion se livrent une guerre de tous les instants, ne s’épargnent aucune égratignure ni vilenie jusqu’au jour où le sort les oblige à changer de conduite.
Un roman jubilatoire qui empoigne le sujet du racisme avec vigueur et humour.

LE DERNIER FLEUVE - Hélène Frappat - Éditions Actes Sud - 236 p. janvier 2019 : deux enfants, deux frères, dont on ne sait rien, arrivent au bord d’un fleuve et décident d’y vivre. Ils rencontrent une fille plus à l’aise dans l’eau que sur terre, qui devient, l’espace d’un temps, leur alliée et amie. Roman mystérieux, liquide, miroitant, au bord du fantastique, au bord du surnaturel. Une lecture à nulle autre pareille.

LE PETIT PARADIS - Joyce Carol Oates – Éditions Philippe Rey - mars 2019
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christine Auché : Adriane Strohl, une adolescente imprudente et idéaliste, vit dans un futur proche : une Amérique totalitaire en 2039 contrôlée à l’excès par la « Véritable Démocratie », où il est interdit à quiconque de sortir de la moyenne. Alors qu’elle est nommée major de sa promotion de terminale, elle commet l’erreur de vouloir briller dans son discours de fin d’études, et se voit condamnée à être télétransportée dans une bourgade rurale d’Amérique du Nord appelée Wainscotia pour y effectuer ses études supérieures… quatre-vingts ans plus tôt. Forcée d’adopter une nouvelle identité et constamment sous surveillance, Adriane – alias Mary Ellen Enright – découvre avec stupeur l’Amérique surannée de 1959... Un magnifique roman, histoire d'un premier amour au sein d'un dystopie effrayante, s'attachant aux éléments constitutifs de l'être humain, sa mémoire et ses espérances...

LE TEMPS QUI RESTE – Marco Amerighi – Éditions Liana Levi – 286 p. mars 2019
Traduit de l'italien par Françoise Brun : 1985 Sauro et ses copains rêvent de monter le plus grand groupe de rock de Toscane. Ses idoles : Bowie, bien sûr, mais aussi les Stooges ou les Ramones. L'aventure se finira tragiquement. Vingt ans plus tard, Sauro revient, appeler par sa famille avec laquelle il a coupé les ponts jadis, et part à la recherche de son père. Le vieil ouvrier est dément, rendu malade, comme tous ses collègues, par la centrale géothermique locale. Merveilleux roman, celui d'une adolescence chaotique, magnifiquement décrite, et d'un homme, plus mûr, se les traces du passé. Un des grands romans de l'année.

ORANGE AMÈRE - Ann Patchett - Éditions Actes Sud - 304 p janvier 2019
Traduit de l’anglais (EU) par Hélène Frappat : une fratrie recomposée, six enfants livrés à eux-mêmes pendant les vacances d’été, et le drame qu’ils passeront leur vie à essayer de surmonter.
Une grande finesse et une histoire forte, de celles qu’on n’oublie pas facilement.

SANS SILKE - Michel Layaz - Éditions Zoé - 160 p. janvier 2019 : Silke est une jeune femme dont le travail consiste à s’occuper d’une petite fille, Ludivine. Elle s’aperçoit vite que Ludivine est complètement négligée, rabaissée, mal aimée par ses parents qui baignent dans une adoration et une admiration mutuelle qui ne laisse aucune place à leur enfant. Silke se prend d’une vive affection pour Ludivine dont l’espace intérieur est d’une richesse stupéfiante, poétique, coloré, drôle, inventif. La petite fille s’épanouit dans la complicité et l’amour de Silke, jusqu’au drame qu’on sentait tapi, là, depuis toujours.


Bonus

DÉRANGÉ QUE JE SUIS - Ali Zamir - Éditions Le Tripode - 192 p. janvier 2019 : aux Comores, Dérangé que je suis survit plus ou moins bien, en compagnie de son fidèle chariot CaRleWis, comme docker. Mais il doit affronter un trio redoutable, les Pipipi, qui vont le défier et lui compliquer une vie déjà bien précaire et parfois douloureuse, très très douloureuse…
Drôle, vif, pétillant, inventif, ce roman est un régal.

JOUR COUCHÉ - Emilio Sciarrino - Éditions Le Rouergue - collection  La brune au Rouergue  256 p. mars 2019 : Marco est un jeune universitaire – génération précaire – qui peine à trouver un poste en rapport avec ses diplômes et voit son compte en banque cruellement en déficit. Malchanceux sur le marché du travail comme en amour, un peu maladroit, un peu en décalage, balançant au-dessus du vide comme un fil-de-fériste malgré lui, Marco ne manque cependant pas d’auto-dérision, seul rempart contre une existence ponctuée de surprises pas forcément bonnes. Un regard drôle et malicieux sur notre époque, avec des références plus que transparentes aux divers événements qui ont marqué les années récentes et un vrai constat de la difficulté à trouver sa place dans une société devenue plutôt dingue.

SALTIMBANQUES – François Pieretti – Éditions Viviane Hamy – collection Les Contemporains - 232 p. janvier 2019 : Nathan, le narrateur est un déraciné. Il a quitté sa famille dix ans plus tôt, fâché à mort contre son père. Il revient aujourd'hui, tristes circonstances, car son jeune frère, Gabriel, s'est planté. Voiture contre tronc d'arbre, aucune chance, combat inégal, perdu d'avance. Le jeune homme retrouve ses parents, son père avec qui la relation était devenu impossible, il glisse ses pas dans ceux de son frère à la recherche de sa propre identité... Un très beau premier roman sur la famille, l'existence, l'individuation, la persistance chez les survivants de ceux qui ne sont plus.

Quatre Sans Quatre vous souhaite d'excellentes vacances et de bonnes lectures !


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photo : Pixabay

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