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Utopia, la série télé uppercut de Channel 4

Utopia, la série télé uppercut de Channel 4 sur Quatre Sans Quatre

Utopia, c'est le nom que Thomas Moore donna au XVIème siècle à sa société idéale, son lieu du bonheur où l'harmonie, la paix et la solidarité étaient les bases du quotidien.

Rien à voir avec Utopia, la série télévisée si ce n'est le nom et le malaise commence dès ce clin d'oeil. Cet endroit évoquant de doux rêves, un lieu idéal et impossible devient rapidement diablement plausible et inhumain, cette utopie onirique nous renvoie à nos propres contadictions, aux incohérences de notre société de progrès, violente, rapace et individualiste.


Utopia est une série époustouflante de 6 épisodes

Pour la première saison, créée et écrite par Denis Kelly pour la chaîne britannique Channel 4 en diffusion à partir de janvier 2013. Non sans mal d'ailleurs puisque Channel 4 a reçu de nombreuses plaintes de spectateurs relatives à la violence des épisodes.

Particulièrement celui de la tuerie dans une école qui ravivait le traumatisme du massacre de l'école Sandy Hook aux États-Unis. Il est vrai que celui-ci s'était déroulé un mois à peine avant le passage à l'antenne de la scène incriminée.

Les ciseaux de l'auto-censure de la chaîne ne sont pas passés loin mais Channel 4 a persévéré et sortit la suite en seconde partie de soirée accompagnés d'un avertissement clair au public.

Le fait que le scénario ne reprenne des éléments d'actualité réels identifiables (c'est, sans le moindre doute possible une pure fiction, Utopia signifie également "en aucun lieu" ;-) et que la violence qui s'y exprime soit légitime et justifiée dans le fil du récit furent les arguments avancée pour sauver la peau d'Utopia. Il aurait été vraiment dommage qu'il en fut autrement, cette série est une des plus barrée jamais réalisée, d'un esthétisme hautement travaillé (et réussi), un vrai boulot d'artiste au sens très noble du terme!


Le pitch

Arby et Lee, deux tueurs dénués de toute empathie, cherchent une nommée Jessica Hyde en éliminant ou torturant ceux qui se mettent en travers de leur chemin ou qui refusent de répondre à la seule question qui en devient hypnotique : « where is Jessica Hyde ? ». Ils sont les hommes de main d'une organisation conspirationniste

The Network qui cherche à mettre la main sur le second volume d'une bande-dessinée recelant le secret du complot caché dans les images. Becky (étudiante en médecine), Ian Johnson (consultant informatique), Grant Leetham (un garçon de 11 ans) et Wilson Wilson (geek parano) ont tous été en possession ou ont lu le premier tome de cette BD et accèdent au deuxième.

Vous devinez la suite, la poursuite est lancée, sauvage, sanglante, terriblement esthétique et une foule de personnages plus déjantés les uns que les autres va venir s'insérer dans le récit.


Ce qu'on en pense

Utopia n'est pas, comme son nom pourrait le laisser penser, un lieu merveilleux et paisible, c'est un univers implacable où chacun fait face comme il le peut à un destin qu'il ne contrôle absolument pas, où le moindre faux-pas est mortel.

L'absence totale de sentiment des tueurs, le fait qu'ils semblent se télé-transporter d'une scène à l'autre place Utopia dans un monde quasi parallèle, un univers proche du vidéogame, un GTA déglingos ou du cauchemar pur et simple. Les cadrages hyper travaillés, les décors, les couleurs improbables, la musique, tout est cohérent, rien n'est là pour meubler mais pour construire le récit et nous plonger dans la réalité voulu par le réalisateur.

Quelques traits d'humour, anglais bien sûr, mais surtout une férocité irréelle à force de réalisme et de vide émotionnel. Comme toute œuvre de qualité, Utopia nous interpelle, nous rebute, nous charme tour à tour, mais, surtout nous scotche à l'écran. Une véritable saga moderne d'une inventivité folle qui s'approprie les clichés pour les renouveler.

Inclassable, elle est comme la vie, sans pitié et loin du manichéisme, tout y est en nuances de gris, la marque des grands maîtres en peinture ! Impossible d'évoquer le terrible but des manoeuvres de Network sans trop en dévoiler et affadir votre plaisir à découvrir la trame, sachez juste qu'il est à la hauteur de l'ensemble de la série, terriblement proche du réel et pourtant tellement impensable...

Une deuxième saison est en cours de production. La série a été achetée par Canal + Séries, il est bien peu probable de la trouver un jour sur une grande chaîne française non cryptée (à part Arte peut-être ?...)


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