Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
Hyenae de Gilles Vincent

Chronique Livre : Hyenae de Gilles Vincent sur Quatre Sans Quatre

 Photo : Hyène tachetée (Wikipédia)


L'extrait

« Assis à l'arrière du Scénic, Touraine cale son regard sur les arbres qui défilent dans la nuit. Les feux des voitures doublées en vitesse cadencent de rouge les paysages au bord de l'obscurité.
La plaine de la Crau, Fos-sur-Mer, Martigues et puis l'Estaque, jusqu'aux abords du port autonome.
Quatre ans qu'il n'a plus foutu les pieds ici, et l'ombre des immeubles dans le clair de lune lui paraît inchangée. Il songe à tous ces types, derrière les murs, qui s'endorment sur leur putain d'existence. Aux femmes sans homme qui ne trouvent pas le sommeil et qui attendent, devant la télé, le retour du fils en capuche qui rentrera tard dans la nuit en rotant des vapeurs de bière. Le fils qui traversera l'appart' sans dire un mot et qui finira la nuit dans sa chambre à fumer ses colères... »


Le pitch

Sébastien Touraine, ancien flic, vit en reclus dans l'arrière-pays marseillais à Maussane-Les-Alpilles. Il y tient une petite librairie depuis qu'il a tout quitté, son métier, sa compagne la commissaire Aïcha Sadia et son meilleur ami le médecin légiste Théo Mathias. Une sale affaire de disparition d'enfants qui a très mal tournée quatre ans plus tôt, pas de corps, pas de traces et une insurmontable blessure personnelle l'ont mis sur la touche et il ne compte absolument pas sortir du puits sans fond de son ermitage alcoolique.

Jusqu'à ce que, évidemment, les parents des jeunes filles enlevées reçoivent une demande de rançon contre une preuve de vie, les abîmes de chagrin s'ouvrent à nouveau, l'espoir renaît et Aïcha et Théo vont aller débusquer Touraine dans sa retraite. Le kidnappeur s'adresse directement à lui, il ne peut l'éluder et devra, encore une fois, plonger au plus profond des turpitudes pour enfin essayer de conclure l'enquête qui l'a détruit.

Que veut le salopard qui a détruit tant de vies après tant d'années de silence ? Quel compte règle-t-il ? Et pourquoi tient-il absolument à entrainer Sébastien dans le tourbillon macabre qu'il met en place ? Une seule façon de le savoir, foncer tête baissée avec Touraine et Aïcha dans le maelstrom...


L'avis de Quatre Sans Quatre

Éh bé, ça rigole pas Hyenae ! Si vous cherchez un bouquin pour vous remonter le moral, passez votre chemin. Là, c'est du noir profond, du piège machiavélique et du récit pour adultes sevrés depuis belle lurette. Gilles Vincent torture méchamment ses héros avec un acharnement subtil, une science du rebondissement et un sens démoniaque du suspense.

En une semaine découpée en trois parties, Gilles Vincent assène à ses héros une avalanche de coups tordus issus d'un plan totalement diabolique. Une écriture sèche, belle, saignante, percutante, touchant à tous coups pour un polar remarquablement efficace. Les mots « espoir », « rédemption » ou, plus prosaïquement « lumière » doivent avoir été enlevés de son vocabulaire. La spirale ouverte au premier mot va engloutir peu à peu les protagonistes vers un abîme d'une obscurité totale où ils vont glisser jusqu'à l'ultime phrase du livre.

Ce thriller cogne dur, coup après coup, il tape sans assommer tout à fait, il faut faire durer le plaisir pervers, la torture maximale, la fallacieuse idée d'un triomphe possible. La hyène blesse et attend patiemment que sa proie se vide lentement de son sang pour la consommer. Le rythme du récit suit celui de la chasse. Reste à savoir qui chasse qui ? Qui mène la danse dans un bal des apparences entièrement truqué ?
Vous l'aurez compris, Hyenae est loin de l'histoire à l'eau de rose, de l'avalanche de douleurs surjouées et de niaiseries fatigante. C'est du dru, du cru, du violent mais tellement bien conté et si bien amené que le lecteur se laisse peu à peu glisser, sans y prendre garde comme on se noie, comme lors d'une hémorragie lente et inexorable.

Du polar trois étoiles, pas de doute. L'intrigue aussi fouillée que les personnages, aussi glauque que le fond de l'âme humaine lorsqu'elle a décidé d'être laide, qu'elle a été blessée au point de perdre tous les repères. Ce serait dommage de passer à côté de ce condensé d'angoisse brillamment décortiqué par un auteur de grand talent.


Notice bio

Gilles VINCENT est né à Issy-les-Moulineaux le 11 septembre 1958. Un grand-père député du Front Populaire, grand résistant, déporté… Une grand-mère institutrice, hussarde de la République, bouffeuse de curés. Un père prof de Fac, une mère prof de Lettres, puis psychanalyste. Et c’est du côté de Valenciennes qu’il passe sa jeunesse dans laquelle ne trouvent grâce à ses yeux que les livres et les mondes imaginaires. À 14 ans, au Maroc, il dévore San Antonio jusqu’à en oublier la magie du désert. Sa décision est prise : plus tard lui aussi il racontera des histoires. À 20 ans, il abandonne ses études pour une carrière de commercial. Puis il rejoint le sud, Marseille tout d’abord puis les environs de Pau où il vit depuis quelques années, tout entier consacré à « l’aventure des mots » : ateliers, classes, conférences et romans. Dans les auteurs qui l’ont marqué, on retrouve Duras, Besson, Van Cauwelaert, Jim Harrison, Jesse Kellerman et Frédéric Dard bien sûr ! Dans ses passions se mêlent le ciné, les bouffes entre copains, les courses autour du lac, la lecture, les rêves, tous les rêves, et Madrid où il se verrait bien vivre un jour…(piqué comme d'hab sur Jigal Polar ;-)

Hyenae – Gilles Vincent – Jigal Polar – 212 p. février 2015

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