Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
La Noctambule de Arnaud Le Gouëfflec

Chronique Livre : La Noctambule de Arnaud Le Gouëfflec sur Quatre Sans Quatre

Photo : l'escargot tient un rôle très important dans La Noctambule (Wikipédia)


L'extrait

« Que savais je des secrets de Cunégonde ? À quels nectars avait-elle goûté? Dans quelles pommes avait-elle croqué ?
Quitte à disparaître , sans doute avait-elle cru bon, pour confirmer ses théories et ne pas démériter, de distiller un mystère d'une qualité telle que personne ne pourrait jamais l'éventer. Un mystère bien plus opaque que la nuit qui, de néons en étoiles, finissait par passer en comparaison pour un jour à peine passé au charbon. Il me restait juste à espérer que Cunégonde était encore vivante, et que la nuit dans laquelle elle était tombée n'était pas que de fumée. »


Le pitch

Johnny Spinoza est détective privé et s'en remet à Cunégonde, sa secrétaire, pour classer, organiser et compiler les secrets, rumeurs et faux-semblants de sa ville. Mais voilà, Cunégonde a disparu. Impossible d'en trouver trace, même Wolff qui a la haute main sur tout la côté obscur de la cité ne sait le renseigner.

Cette disparition a lieu au plus mauvais moment. Le commissaire Pelage, ami et allié de Spinoza, est remplacé par l'ambitieux Pomponazzi. Celui-ci n'est autre que l'homme de main de Bertram, politicien aux dents longues, nouveau maire qui a fait campagne sur l'abolition de tous les secrets, bien décidé à mettre la vie et l'intimité de toute la population sur la place publique. Bertram et Pomponazzi sont bien décidés à compliquer la tâche d'un Johnny déjà handicapé par l'absence cruelle de sa chère Cunégonde.

Mais où est donc Cunégonde ? À quels indices se fier ? Johnny Spinoza va devoir s'enfoncer dans la nuit, fréquenter l'absurde, frôler la déraison pour essayer d'aller au bout de son enquête...


L'avis de Quatre Sans Quatre

La noctambule est très loin d'être un polar classique et ce n'est pas du tout un défaut. Certes, Johnny est un privé, il a une secrétaire d'une importance capitale pour son travail et son équilibre, un allié flic et les politiciens contre lui, les codes sont là. Mais ici s'arrête la comparaison. Pour le reste, ce livre est une fort belle fable sur le rôle et l'importance des parts d'ombre dans la société, sur les dangers de la transparence absolue et une excellent exercice de style (fort bon d'ailleurs, le style, pas l'exercice ;-).

Arnaud Le Gouëfflec flirte avec le surréalisme, il réussit le challenge de nous embarquer dans un scénario onirique avec une très belle écriture, légère et drôle, truffée d'images et de références. Mine de rien, de secrets en énigmes, il évoque des risques aussi sérieux que le totalitarisme ou les phénomènes de foule. Ceux où la haine devient leitmotiv, où la bêtise ou les intérêts d'un seul motive une meute qui ne réfléchit plus.

Ce conte cruel du jeu des apparences, du vrai et du faux, est une friandise acidulée. Il peut être lu comme une farce mais laisse tout de même un petit goût acide qui titille les neurones endormies à grands renforts de platitudes médiatiques. Le secret ne semble pas le seul à devoir être débusqué, La Noctambule s'ouvre par un « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » démontrant que le temps, éventuellement perdu, fait cogiter ce bon Spinoza qui ne laisse pas à son illustre homonyme l'exclusivité de penser l'éthique et traque l'incongru lorsqu'il le croise.

Un très bon moment, plein d'humour, écrit fort élégamment et avec talent, des images ciselées, un vrai récit à suspense. Un roman totalement réussi, hors des sentiers battus, qui mérite réellement le détour !


Notice bio

Arnaud Le Gouëfflec, 40 ans, vit à Brest. Il cultive un univers singulier qu'il décline à travers romans, chansons, scénarios de bandes dessinées et autres curiosités. Johnny Spinoza est déjà apparu dans Les discrets et L'irrésistible, tous deux parus chez Ginkgo. Avec le dessinateur Olivier Balez, il a récemment publié J'aurai ta peau Dominique A chez Glénat, Prix RTL en 2013.


La musique du livre

Hélas, pas de titre dans La Noctambule, mais Arnaud Le Gouëfflec a, entre autre, beaucoup travaillé avec le compositeur John Trapp, notamment sur le projet de La boite à oOti, on s'écoute L'interprétation des signes et L'arbre cache la forêt.

On retrouve dans ces collaborations musicales le même goût pour l'onirisme et l'étrange. Pour une fois que nous avons un auteur musicien, on ne va pas se gêner...

La Noctambule – Arnaud Le Gouëfflec – Ginkgo éditeur – 190 p. janvier 2015

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